« Les histoires d’amour finissent mal, en général », chantaient les Rita Mitsouko, sans imaginer qu’ils décriraient un jour la géopolitique du XXIe siècle. Il n’y a pas grand-chose de plus triste que la séparation d’un vieux couple, surtout après huit décennies de vie commune.
D’un côté il y a l’oncle Sam, qui n’éprouve plus rien qu’agacement pour la vieille Europe, avec ses règles et sa morale. Son regard est captivé par cette dominatrice au Kremlin. Elle réveille en lui cette vieille flamme impérialiste et le souvenir d’une époque fleurant bon la ségrégation et le diesel lourd où personne ne venait lui demander des comptes, quand il pouvait envoyer ses nervis faire tomber des gouvernements et établir des dictatures pour défendre les intérêts de ses actionnaires.
De l’autre, il y a l’Europe, toujours aux prises avec sa schizophrénie et ses tics réglementaires, qui ne veut pas croire que leur couple soit mort et s’accroche à la chimère d’un possible retour à la normalité.
Mais l’oncle Sam veut retrouver sa liberté d’adolescent et assouvir ses désirs immédiats sans affronter de conséquences ou même de regard désapprobateur. Il rêve d’annexer et piller les territoires qui lui font envie, sans penser au lendemain. L’Europe tremble et gémit. N’a-t-elle pas tout accepté pour sauver le couple, y compris d’acheter des F-35 ?
Lui n’en a cure. D’ailleurs, de son point de vue, c’est toujours lui qui a tout payé. Le « parasitisme » de ces Européens « pathétiques » le dégoûte, comme l’ont si bien exprimé les « hauts responsables » qui ont partagé leurs informations sensibles sur un réseau non protégé avec un journaliste invité là par erreur. Il y a pire : l’un des participants à cet échange édifiant l’a suivi du Kremlin, où il était allé « négocier » avec le maître des lieux.
Allons, Europe, reprends-toi. Tu méritais vraiment mieux.